Claude MONET, exposition au Grand Palais 2011

Publié le par Rosa

 

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Honfleur, 1864

Monet a à peine vingt ans. Sur les pas de Boudin qui fait son éducation picturale, il ne peint pas en atelier comme c'est la tradition à l'époque, mais en plein air,  sur la côte nomande  où il a grandit : Ce sont les éléments naturels qui comptent pour le jeune peintre : la terre, la mer, le vent, et d'immenses ciels tourmentés qui occupent, comme chez son maître, les trois quarts de la composition. 

Dans la lignée des peintres de Barbizon, l'artiste nous emmène ensuite à  Fontainebleau. La lumière y est caractéristique de cette époque du peintre, franche et claire. La pâte est lisse et délicieusement huileuse.

 

450px-La GrenouillereLa grenouillère, 1869

En 1865, Monet rencontre Camille Doncieux, avec qui il aura deux fils. Il s'installe en bord de seine, recherchant la lumière, la tranquillité et, désargenté, une vie moins onéreuse qu'à la capitale. Avec "La Grenouillère", Monet entame une autre façon de peindre : la touche se fragmente pour mieux saisir les reflets mouvants de l'eau et l'agitation du "café-flottant" de Bougival, qui offrait à la bourgeoisie parisienne canotage et bains mixtes! Tout vibre sous le pinceau du peintre. Nous sommes dans la pure sensation d'une belle après midi d'été. Mais Monet essuie un nouvel échec au Salon. Une médaille l'aurait pourtant aidé à sortir de sa misère. La manière est trop novatrice pour le jury de l'époque.

En 1870, Monet part pourt Londres avec sa femme afin d'éviter l'enrôlement. la guerre contre la Prusse lui a pris son meilleur ami : Bazille. Il y découvre Turner et rencontre l'influent marchand d'art Paul Durand-Ruel qui changera sa vie en lui achetant de nombreuses toiles et en l'exposant jusqu'en Amérique. Mais la fortune est encore loin...

 

apc7Le Bassin d'Argenteuil, 1872

De retour d'Angleterre, la famille s'installe à Argenteuil. Monet est rejoint par Renoir et Manet : c'est le plein épanouissement de l'Impressionisme. Le mouvement nait officiellement lors de l'exposition de 1874 dans l'atelier du photographe Nadar à Paris, évênement mis au point par Monet et ses amis, las de se voir refusés au Salon officiel.


1872regates argenteuil.1190495682Régates à Argenteuil, 1872

L'Impressionnisme, c'est tout d'abord la peinture des "impressions". Lumineuses surtout. Monet fragmente sa touche pour rendre la multiplicité des effets de lumière sur l'eau. Dans "Régates à Argenteuil", il radicalise son geste, comptant sur la juxtaposition de couleurs complémentaires pour faire vibrer sa toile : les voiles sont jaunes et rouges, leurs reflets sont verts, tandis que la mer et le ciel se confondent en un bleu très lumineux. Le mélange des couleurs ne se fait plus sur la toile, mais de loin, dans les yeux du spectateur.

 

739px-Claude Monet 004La Gare Saint-Lazare, 1877

L'impressionnisme, c'est aussi une peinture qui s'attache à son époque, en pleine révolution industrielle : Monet s'attarde ainsi sur les remorqueurs, les ponts métalliques, les trains, avancée technologique révolutionnaire, et bien sûr, les gares, les "nouvelles cathédrales" comme les appellaient Théophile Gautier, avec leurs immenses verrières. C'est à la gare Saint-Lazarre que Monet, installé depuis peu dans la quartier de l'Europe, plante son chevalet. Desservant la côte normande, celle-ci est alors la plus importante de Paris. Grouillante de passagers, de fumées des trains à vapeur, de bruit, elle permet à l'artiste d'occulter les détails pour favoriser un mouvement d'ensemble. la vapeur qui efface tout sert de pretexte à entrer dans la matière picturale. La fumée devenue rose ou bleue, entraine dans ses volutes les lignes verticales del'architecture métallique. 8 de ces toiles seront exposées à la troisième exposition impressionniste en 1877.

 

monet-glaconsLa Débâcle à Vétheuil, 1880

En 1879, la fragile Camille meurt, laissant au peintre deux jeunes fils. Les Monet venaient de déménager à Vétheuil pour des raisons financières. Cette année là, l'hiver est rude en bord de seine et le fleuve est gelé. Monet affronte le froid comme il affronte sa propre douleur. Les paysages sont désolés, faisant la part belle à l'eau-miroir, parsemée de glaçons qui se reflètent, comme le bois mort sur les rives. Bleus pâles, roses et blancs dominent. L'air est dense, on entend presque le silence.


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Falaise à Dieppe, 1882                                                                       Marée basse à Pourville, 1882

Nous nous retrouvons dans les années 1880 sur les côtes normandes où Monet retourne chaque année. Les rochers au premier plan sont parsemés de végétation multicolore. Les falaises  sont plongeantes,  vers une mer houleuse battant les rochers (La falaise à Dieppe, 1882) ou plus majestueuse répendant l'immensité de ses reflets lumineux. Certains effets de perspective sont étourdissants, comme dans "Mare basse à Pourville" (1882), où le lointain parait aussi proche que la premier plan, par un effet courbe de la ligne d'horizon. "Qual talent il faudrait pour rendre la beauté de la mer, s'exclame le peintre, c'est à rendre fou".

 

monet0102La Côte sauvage, 1886

En 1886, Monet découvre le tumultueux océan à Belle-île en mer, dans le Morbihan. La quarantaine de toiles qu'il y peindra est magistrale. Pour la première fois semble-t-il, le peintre trouve un motif à sa hauteur : la rudesse des rochers et la dangerosité de l'Atlantique. Il n'y a rien d'autre. Monet s'acharne à connaitre "la vie de la mer", en répétant sans cesse le même motif. Il veut s'imprégner du "tragique" de l'île, de sa "sauvagerie" comme il l'écrit à Caillebotte. Monet souffre, certes, mais il est heureux. Quoi de plus difficile pour un peintre que de s'attaquer à des rochers! Il plonge dans sa peinture, le ciel disparait presque, mangé par le minéral. Souvent,  l'artiste s'amuse avec la composition : la mer et les falaises s'alignent parfaitement dans le lointain, soulignant ainsi l'intérêt toujours présent du peintre pour la matérialité propre du tableau.

Interesserons nous aux personnages, avec un retour dans les années 1860, dans la forêt de Fontainebleau par exemple, où Monet fait poser pour un déjeuner champêtre hommage  à Manet, sa femme Camille et ses amis les peintres Bazille et Courbet. Nous retrouvons la limpidité et le classicisme des débuts. La lumière,filtrant dans les branchages, répand une farendole de confettis multicolores sur les robes. La toile monumentale, mise en dépôt chez son propriétaire pour payer son loyer, a été rongée par l'humidité. Au moment de la récupérer, Monet a du la découper. Le musée nous présente deux grands fragments , plus l'esquisse préparatoire conservée aujourd'hui au musée Pouchkine. 

 

claude-monet-la-femme-a-la-cape-rouge-1869-70-or-1871.11881La Capeline rouge, 1870

Un peu plus loin, le peintre nous enchante avec "La Robe verte" que porte Camille, jouant sur les effets de matière, du miroitement du satin à la finesse de la fourure. C'est encore Camille que l'on aperçoit derrière une fenêtre, saisissante de présence si l'on cligne des yeux, et encore pensive assise sur un canapé, le regard fixe et vague propre à l'intériorité. C'est enfin Camille toujours que l'on découvre sur son lit de mort en 1879 avant la mise en bière. Portrait funèbre comme il s'en faisait beaucoup à l'époque, dans lequel La jeune femme disparait derrière son voile.

 

C'est Alice Hoschedé qui la remplacera auprès du peintre. Son mari fut un des premiers collectionneurs de Monet. Les aléas de son entreprise le poussèrent à partager la maison de Vétheuil avec les Monet. Ernest est souvent absent, Camille est malade, Claude et Alice se rapprochent. Elle élèvera les deux enfants du peintres comme les six siens. Son mari décédé, elle épouse Monet en 1892.

 

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La Cathédrale de Rouen, 1890-1894

La famille recomposée cherche une autre maison. C'est à Giverny qu'ils poseront leurs valises, dans une vaste maison entourée d'un beau terrain. Dans la campagne alentour, Monet s'en va peindre avec une de ses belles filles, Blanche, qui l'aide à porter son matériel. Car Monet a modifié sa façon de travailler : il emporte plusieurs toiles devant le motif afin de les échanger régulièrement suivant la course du soleil.  A partir de 1890 en effet, les sujets et les cadrages ne varient pas jusqu'à ce que le peintre en ai épuisé les effets sous différentes conditions atmosphériques. Monet recherche "l'instantanéité". Les séries se succèdent. Celle des meules de blé, celle des peulpiers étirant leurs tronc sur toute la hauteur de la toile, ou encore celle des trente majestueuses cathédrales de Rouen, dont la façade gothique offrait au peintre une dentelle de lumière et d'ombre, changeant au fil des heures, des saisons. Les titres sont évocateurs : effet de neige, effet du matin, à l'aube, au crépuscule, au coucher du soleil, harmonie brune, ou bleue ... Un même motif est transfiguré par la lumière changeant au fil des heures, au fil des saisons.

 

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Les Peupliers, 1891

Ces dizaines de toiles sur lesquelles Monet à couché des instants fugitifs, connaissent un franc succès. La plupart partent directement pour les Etats-Unis par l'intermédiaire de Durand-Ruel. Les marchands se multiplient et la renommée de Monet ne cesse de grandir. Désormais, on n'achète plus un paysage aux peupliers, on achète "un Monet".

 

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Lui qui a connu la misère se rattrappe. C'est avec la vente de ses tableaux qu'il financera les énormes travaux de sa maison de Giverny : potager, parterres de fleurs, serres aux espèces rares, mais surtout en faisant dévier un bras de l'Epte il creuse un magnifique bassin où se reflètent toutes sortes de plantes aquatiques.


monet parlement effet soleil 500Le Parlement de Londres, 1904

 Monet voyage : la Hollande, la Norvège, Venise, la Riviera,et à nouveau Londres en 1900. l'exposition dévoile la somptueuse série des "Parlements" qu'il met à l'épreuve de la dissolution lumineuse des formes. Le siège du gouvernement est transfiguré, il apparait tel un spectre derrière un voile de peinture colorée. Monet touche à la perfection.


w1477Bras de Seine près de Giverny, 1897

De même avec les magnifiques harmonies colorées des "Bras de Seine" de 1897: les arbres se confondent avec leurs reflets parfaitement symétriques, la lumière semble avoir étendu ses ailes parmes et lilas sur la toile, d'une fragilité diaphane. On est dans l'immatériel, dans le sacré.

 

En 1910, Monet est atteint d'une cataracte. Il ne reconnait plus les couleurs et travaille "à l'aveugle". Il compense par des gestes plus amples, une peinture plus physique, mais certaines toiles apparaissent telles des monstres rugussants... de douleur. Opéré en 1923, il ne quittera plus Giverny jusqu'à sa mort en 1926. Il peint le bassin sous toutes ses formes, un jardinier employé à plein temps nettoyant quotidiennement le miroir d'eau de ses feuilles mortes.  "les paysages d'eau et de reflets sont devenus une obsession".


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Reflets verts, 1920

En 1922, il entreprend le cycle des nymphéas, qui sera offert à l'état pour commémorer la victoire de la grande guerre, et exposé au musée de l'Orangerie. Le peintre décrit son oeuvre comme "une onde sans horizon et sans rivage". Là encore, Monet plonge dans sa peinture, les repères spatiaux disparaissent, le ciel n'existe plus, les rameaux de saule et la glycine dégoulinante de fleurs se mêlent aux nénuphares multicolores, l'eau et la vegétation ne forment plus qu'un même règne.  A force de traquer l'instantané, Monet nous plonge au-delà, dans l'éternité.

Publié dans TEXTES SUR L'ART

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