Cézanne à Paris, exposition au musée du Luxembourg, Paris, 2012

Publié le par Séverine SAINT-MAURICE

Depuis son premier séjour à Paris en 1861 à l'âge de vingt deux ans, Paul Cézanne ne cessera d'aller et de venir entre Aix, sa ville natale, et l'ile de France.

Alors que ses contemporains s'attachent à peindre l'atmosphère de la capitale, sa lumière, ainsi que les récentes transformations hausmaniennes, le peintre provençal est concerné par une toute autre problématique:

Rentrer dans l'espace de la toile, se saisir du motif, le cerner de toute part, le matérialiser par une approche plastique ferme, en exprimer toute la densité géométrique. Une maison devient un carré, un groupe d'habitations une constructions de cubes. Comme chez ses contemporains, le ciel est couleur, certes, mais il est surtout mouvement, volutes en relief, espace creusé par les nuages. Cézanne n'abandonnera jamais cette solidité du motif qui influencera les modernes.

les toits de paris, 1881

Les Toits de Paris, 1881

 

Le traitement des premiers personages au contraire, trahissent la grande sensibilité du jeune artiste. Peintre solitaire, le côtoiement des humains le destabilise, il est trop touché pour ne pas s'épencher en gestes passionnés, emportés, en couleurs sombres, en pate sinueuse.

le meurtre 1868

Le Meurtre, 1868

 

Après la Commune, Cézanne s'installe à Auvers sur Oise. Il y retrouve le plein air et travaille avec Pissaro, rencontré à l'Académie suisse quelques années auparavant. A nouveau sa puissance d'expansion prend le dessus. Il simplifie, taille, tranche, ses maisons s'implantent solidement dans le paysage dont elles sculptent la profondeur.

 

auvers 1873

 

Dès les années 1880, Cézanne va plus loin. Il tente d'influer à ses  maisonettes fermement charpentées une vibration cristalline. La lumière ne révèle plus seulement la couleur de la maçonnerie, mais déploie délicatement ses effets mouvants et colorés sur les murs, comme une caresse à la surface de la toile.

 

l'ermittage a pontoise, 1879

L'Ermittage à Pontoise, 1881

Nous retrouvons cette vibration de la lumière dans Le Pont de Maincy, 1879

le Pont Maincy

 

Cézanne est dans la pleine maitrise de son art. Il sait parfaitement structurer son espace, planter dans le décor les différents éléments, mais aussi leur donner cette fluidité qui donne son aisance à l'oeil, l' évidence visuelle devant la toile.

Plus rien ne semble lui résister. Dans ses oeuvres, chaque élément  est solidement "planté", mais se font aussi parfaitement dans l'ensemble de la composition. L'unité picturale est mise en évidence par  la fluidité de la touche et la transparence des couleurs.

 

pommes, serviette et boite a lait, 1880

Pommes, serviette et boite à lait, 1880

Même maestria avec Madame Cézanne à la jupe rayée, 1877:

 

mme cezanne jupe rayee

La figure humaine est désormais totalement maitrisée, comprise dans son essence même : présence solide et évanescence sentimentale. Madame Cézanne est là, évidemment présente, et en même temps parfaitement intégrée au décor qui l'entoure. L'osmose est parfaite. Encore une fois, chaque élément a sa place dans l'évidence du tout. Ce tableau est un chef d'oeuvre. Le visage est délicatement multicolore et lumineux, la jupe vibrante comme le feuillage d'un arbre sous le vent, l'habit épais, mais annobli par la symphonie des bleux et des verts.

Chez Cézanne, chaque partie est un monde en soi, tellement vivant, sans jamais occulter le tout dont il concours au contraire à la splendeur.

Même puissance dans le Portrait d'Ambroise Vollard, 1899

 

a. vollard 1899

 

Durant les quinze dernière années de sa vie, l'artiste quitte à nouveau la provence pour Paris et ses environs. Les rochers à Fontainebleau font écho à ceux de Bibémus : la pierre et la terre, dans sa jeunesse si massivement structurées, semblent désormais faites de lumière, de vents et d'odeurs.

 

pins et rochers fontainebleau 1897Pins et rochers à Fontainebleau, 1897


Le monde de Cézanne n'est plus celui de la matière dense et lourde des premières années. Au crépuscule de sa vie, la peinture devient lumière, vibrations. L'oeil et le coeur sont en joie devant tant de légèreté. Les dernières oeuvres s'envolent, laissant de plus en plus de place au blanc même de la toile vierge comme une lumière sous-jacente à la peinture. Les couleurs, telles des ailes de papillon, épousent délicatement la toile, si légère, si vibrante, si mue par la vie elle-même.

 

la route tournante, 1904La Route tournante, 1904

 

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