BASQUIAT, exposition au Musee d'Art Moderne de la ville de Paris, 2011

Publié le par Rosa

 

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Repéré par une galeriste qui met à sa disposition son premier atelier en 1981, Jean-Michel Basquiat alors âgé de 21 ans révèle aux yeux du tout New York son incroyable force créatrice. Très vite, les marchands se l'arrachent, et le jeune artiste devient célèbre à 22 Ans. Mort d'une overdose à 28, il a fait une oeuvre magistrale, qui trouve aujourd'hui naturellement sa place dans les plus grandes collections occidentales.

La force du génie

Basquiat n'avait à priori aucune facilité pour accéder au monde des blancs : né dans la banlieue new yorkaise encore profondément raciste en 1960, il ne peux s'exprimer artistiquement que sur les murs de la ville. Il encercle New York de ses graffitis, qu'il signe « SAMO » (Same Old Shit) suivi du signe du copyright : Il souaite s'imposer dans le paysage quotidien des new yorkais, comme une marque déposée.

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Il fugue du foyer familial, vit dans la rue et survit en vendant tee-shirts et cartes postales qu'il fabrique  lui-même. Sa rage d'adolescent et d'artiste  attirent l'attention des journalistes qui voient bientôt en lui l'égérie d'une culture émergente : celle de la rue, du hip-hop, du rap, du graff. Premier article sur son travail en 1978 (il a dix-huit ans), première exposition collective deux ans plus tard. Encouragé par la critique et soutenu par la galeriste Annina Nosei, il déploie une telle capacité de travail qu'il est vite appelle à exposer aux côtés des plus grands, Andy warhol, Robert Mappelthorpe, Joseph Beuys, francesco Clemente, Anselm Kieffer...., aux Etats-Unis et en Europe.

Son génie et son charisme lui ont servi de passeport pour la gloire. Basquiat s'est battu pour s'imposer, a bravé les obstacles inérants à sa condition sociale. Son succès révèle une détermination sans faille, sans laquelle rien n'aurait été possible.

Une Mythologie personnelle

Basquiat puise dans des registres différents, ceux qui le constituent, aussi bien au quotidien (le racisme, la religion, le sport, la musique, la culture de la rue, la société de consomation), que dans une mémoire plus ancienne (l’esclavagisme,les racines africaines). Il crée une véritable mythologie personnelle, avec son histoire, son langage, sa mémoire.

Initié à l'art par sa mère qui l'emmène dans les musées dès son plus jeune âge, Basquiat dessine depuis toujours et fait feu de tout bois: l'inspirent aussi bien les dessins de Léonard de Vinci que les reproductions du dictionnaire, les films télévisuels que les oeuvres de Picasso. Parfaitement autodidacte, Basquiat ne privilégie aucune source, que celles qui touchent sa sensibilité. Ce, contrairement aux artistes issus des écoles d'art américaines, dont il se démarque clairement, inscrits dans le crédo "histoire de l'art".

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Le multiculturalisme de basquiat s’imprègne tout autant du milieu urbain occidental, avec ses voitures, ses gratte-ciels, ses postes de télévision, ses héros de comics, ses grandes marques de consommation, que de la culture africaine dont il est issu.

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Par son père haitien il est imprégné de Vaudou. Les os, les squelettes et les crânes sont monnaie courante dans les rituels et dans ses peintures. On invoque les esprits, convoque les dieux, on porte des masques , des amulettes, on fait des offrandes, on pique les gri-gris.

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Les griots de Baquiats se découpent sur fond doré, la couleur des dieux, et de l'abondance: Basquiat raconte qu'il a reçu son premier gros cachet après avoir mis du doré sur une toile. La magie est partout dans l'oeuvre du peintre, comme elle l’est dans sa vie.

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Un Sacré plus occidental se lit également dans son travail. Ses personnages noirs sont auréolés, ou ceints d’une couronne d’épine. Ils apparaissent sur des triptyques tels des tableaux d’autel. La figure du martyr est très présente, soulignant la vérité d’un peuple rejeté aux bancs de la société américaine.

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Basquiat est un martyr, il est un ange déchu par l’autorité blanche, il est aussi un roi, comme l’atteste d’ailleurs sa coiffure en forme de couronne. Les couvre-chefs dorés sont partout dans ses oeuvres. Ils l’étaient déjà dans ses graffitis sur les murs de New York, symbole de détermination et de pouvoir : Basquiat sait depuis toujours qu’il a sa place parmi les grands. 

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Les grands sont pour Basquiat les noirs qui ont réussi à s’affranchir de leur condition et à s’imposer sur une scène internationale dominée par les blancs: les musiciens afro-américains, les héros du sport, du base-ball ou de la boxe. Ils apparaissent tous couronnés, d’or ou d’épine, dans une galerie de portraits qui semble un prolongement moderne des portraits d’apparat de la peinture classique.

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Le costume comme symbole du pouvoir chez Basquiat est aussi bien celui du gendarme, de Superman, celui d’un sorcier africain, du propriétaire esclavagiste ou du roi, qui n’a rien à envier non plus aux portraits d’apparat royaux occidentaux, le sceptre ici remplacé par un os brandit fièrement. Enfin, le costume du peintre lui même, étonne par son originalité : couronne, costume de marque, dock martins vernies et long manteau des sans-abris.

La peinture de Basquiat révèle la spontanéité, la fraicheur, l’energie d’un jeune homme génial. Derrière l’apparente incohérence règne une maitrise certaine de la composition, parfaitement innée chez lui, et un sens remarquable des couleurs qu’il emploie avec un culot incroyable.


Un nouveau langage

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L’artiste est si authentique dans la révélation de ce qui le constitue et qu’il construit pas à pas à travers son oeuvre, il est si proche de son être profond, si spontané et si sensible qu’il invente même un nouveau langage, qui correspond au plus près à ce qu’il est. Basquiat invente des mots, une nouvelle orhtographe (PRKR pour Charlie parker, PLCEMN pour policeman), un rythme de l’écrit qui renvoie parfaitement à sa vie : les lettres se bousculent sur la toile rapellant la rumeur sourde de la ville autour de lui. Les phrases sont hâchées , comme le sont les prières scandées des griots, ou encore les chanson des rappeurs, qui martèlent la musique de leurs mots. Souvent, les mots inventés, les lettres juxtaposées ne sont là que comme « signe » du langage, de l’humain.

 

La Profondeur de la Mémoire

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Jean Michel Basquiat donne aussi à son œuvre la profondeur d’une mémoire : le procédé plastique rappelle la digestion de références artistiques telles que les expressionnistes abstraits (Pollock avec ses drippings, Rauschenberg et ses œuvres composites) ou les fauves pour la force des couleurs. Mais la marque de fabrique de Basquiat semble bien être la superposition de couches picturales, qui font et défont sans cesse l’information. Un motif, une couleur se superpose à une autre, la nouvelle laissant toutefois toujours apparaître des bribes de l’ancienne.

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La peintre crée ainsi une profondeur dans ses toiles, tant spatiales que psychique. Le spectateur a envie d’aller voir derrière ce qui s’y passe, l’effet de superposition fonctionne comme la mémoire, qui couvre, laisse ressurgir, et couvre à nouveau. La toile elle-même peut être recouverte de photocopie d’anciens dessins collés, arrachés, plissés. La peinture peut couler, elle peut au contraire être appliquée en épaisseur. Les mots enfin sont rayés, lisibles à demi, mis entre parenthèses : Basquiat se joue de notre curiosité, il crée le mystère. La richesse de ses toiles, tant formelle qu’au niveau des informations qu’elles véhiculent, rend leur lecture inépuisable.


  Chevauché par les Dieux

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Son oeuvre révèle aussi un mode de vie dissolu, entre le star system et le milieu underground new yorkais, les boites de nuits à la mode et la prise de drogue sans cesse croissante. Avec elle il oublie d’abord la dureté de la rue, puis il parle aux esprits qui lui ouvre en grand la voie de la création, mais il a de plus en plus de mal à revenir de l’au-delà et est retrouvé maintes fois dans des états d’inconscience avancés. Une de ses dernières toiles révèlent comment les Dieux prennent possession d’un corps qu’ils « chevauchent » comme l’on dit dans le Vaudou, parfois trop longtemps, pour l’emmèner définitivement dans le monde des esprit.

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La foi, la force et la créativité de Basquiat lui ont permis de franchir l’abîme séparant  les rues de Brooklynn et les plus grandes collections privées, en à peine huit ans. Sans doute tout cela a-t-il été trop rapide et violent. L’artiste s’éteint d’une overdose d’héroïne le 12 août 1988, à 27 ans. Son destin était de rejoindre le monde des grands hommes à qui il n’a cessé de rendre hommage dans des œuvres, puis sans doute le monde des Dieux.

 

Publié dans TEXTES SUR L'ART

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